Knives & Skin par William Laboury et Stéphane Auclaire

Stéphane Auclaire est directeur de distribution chez UFO Distribution. William Laboury, après avoir étudié à la Fémis en section montage, est devenu réalisateur et graphiste. Il a travaillé sur les affiches de Knives & Skin réalisé par Jennifer Reeder et distribué par UFO. Ils reviennent tous les deux sur la conception de l'affiche.


C'est quoi, Knives & Skin ?


Stéphane Auclaire : Un film comme il n’en vient que des Etats-Unis, de perdition, de langueur et peut-être même de détresse, de charme lumineux et coloré aussi, et de sensibilité absolument féminine, appartenant à cette culture « saleté sous le vernis » théorisée et portée à l’écran par David Lynch.


Qu’est-ce qui vous a poussé à le distribuer ?


S.A. : En le voyant sur grand écran au festival de Berlin, la question ne s’est même pas posée, il fallait le sortir, point. Hypnose totale.







Stéphane et William, vous aviez déjà travaillé ensemble pour l'OST des Garçons Sauvages [NdR : de Bertrand Mandico]. Comment vous êtes-vous rencontrés ?


S.A. : Nous nous sommes rencontrés sur Une Histoire Américaine d’Armel Hostiou, Armel nous avait dit qu’il connaissait un graphiste doué, nous étions très curieux d’essayer et le résultat a été magnifique, avec un matériau de base - les photos - pas évident à exploiter pour une affiche, ne serait-ce que par sa qualité très home vidéo.


William Laboury : [Armel Hostiou est] un ami et avec qui je réfléchissais déjà depuis un moment à l’affiche, en duo avec Margaux Remaury. On imaginait un dessin avec les personnages du film comme des géants au milieu des gratte-ciels de New-York. En rencontrant Stéphane on a prolongé cette idée mais en version collage.

Ensuite on a retravaillé ensemble plusieurs fois, pour des affiches, des bandes-annonces ou les deux. J’aime bien gérer à la fois l’affiche et la bande-annonce d’un film, ça permet de les penser à la fois en lien et de façon complémentaire.




Les distributeurs mettent parfois en concurrence plusieurs graphistes et agences sur un seul projet. Ça vous est déjà arrivé ? Si oui, dans quelle situation un distributeur doit-il mettre en concurrence plusieurs créateurs ?


S.A. : Oui ça nous est arrivé, même si on évite. Ce n’est pas agréable pour les graphistes, mais ça ne l’est pas non plus pour nous. Plusieurs configurations : soit producteur ou metteur en scène nous demandent cette forme, pour élargir le champs; soit on sent que le projet est difficile et que nous n’avons nous-mêmes pas trop d’idées, dans ce cas il est rassurant d’avoir plusieurs sensibilités pour s’exprimer; soit - le cas le moins agréable - le graphiste qui travaille sur le projet « n’y arrive pas » et, au bout d’un moment, il faut se rendre à l’évidence qu’il vaut mieux demander à quelqu’un d’autre, qui soit plus frais sur sa perception du film.


Quelles directives pour l’affiche ?


S.A. : J’avoue rester assez flou, au moins au départ. Mais tout de même : il devait être clair que c’était un film américain indépendant à l’esthétique travaillée et forte, une histoire de disparition de jeune fille, un climat plutôt nocturne, un peu lynchien, avec un visuel élégant et urbain empruntant éventuellement à l’esthétique des années 80 - les choses s’étant précisées progressivement bien sûr.


W.L. : La particularité de Knives and Skin c’est que ça ressemble à un teen movie, mais les parents y ont une grande place. C’est un film sur des familles éclatées. Donc Stéphane m’a dit qu’il était important de sentir la part adulte du film. Et c’est vrai que derrière son aspect pop, le film parle beaucoup de dépression, même s’il le fait souvent avec humour.

Donc il n’y avait pas de consigne formelle, c’était surtout l’idée de respecter le ton du film, qui est si particulier. En réalité la première discussion qu’on a avec Stéphane est surtout une discussion sur le film, sur ce qu’on a ressenti, et c’est une manière de vérifier qu’on a la même vision, qu’on identifie les mêmes forces du film. Ça permet d’éviter beaucoup de malentendus ensuite.


William, on trouve dans plusieurs de tes précédentes créations une esthétique “néon”. Knives & Skin ne déroge pas à la règle. C’était une volonté dès le départ de donner un look années 80s pour ce film ou ça fait un peu partie de ta patte créative ?