Jacques Ayroles, responsable de collection des affiches de la Cinémathèque française

Dernière mise à jour : 5 sept. 2021



Photo d'illustration : Jean-Louis Zimmerman (CC BY 2.0)


Vous êtes responsable du département des affiches de la Cinémathèque Française. Quel est votre parcours ?


J’ai fait des études de lettres, histoire de l’art et documentation. J’ai travaillé dans plusieurs institutions parisiennes : Galerie du Jeu de Paume, Centre Pompidou

Comment et pourquoi vous êtes-vous intéressé spécifiquement aux affiches de cinéma ?

J’ai vu les affiches comme des « peintures » de cinéma, comment résumer un film en une image, pari difficile. J’aime aussi les dessins, les photos.

Dès les premières affiches de cinéma — et plus largement dans l’histoire de l’affiche publicitaire — on retrouve la signature de leurs illustrateurs. C’est aujourd’hui encore le cas en France. Aux États-Unis, c’est maintenant beaucoup plus rare de voir la mention des agences sur leurs affiches - ça peut arriver surtout lorsqu’il s’agit d’affiches illustrées, mais c’est de manière considérablement plus discrète que chez nous. Y-a-t-il en France une sorte de politique de l’auteur de l’affichiste ? Si oui, que pensez-vous du fait que l’Académie des César ait arrêté de récompenser la meilleure affiche sous prétexte que leurs “véritables” auteurs n’étaient pas toujours identifiables, malgré la signature des créateurs justement [NdR : le César de la meilleure affiche a été décerné de 1986 à 1990] ?

Bien sûr, je regrette infiniment que le César de la meilleure affiche ait disparu, cela permettait de valoriser l’affiche. Vous savez pourquoi il a disparu, ce César ? En fait, tout le monde se réclamait gagnant du César : le producteur, le distributeur, l’agence de pub, l’affichiste, tout le monde montait sur scène, l’Académie s’est énervée et le César a été supprimé, dommage. Cette histoire commence avec le générique du film, l’affichiste n’est pas mentionné alors que toutes les personnes qui ont participé au film sont inscrites au générique. La différence Etats Unis / France, c’est une autre histoire. Effectivement il y a en France une tradition à défendre l’affichiste, cela remonte au 19e siècle, Chéret, Toulouse Lautrec, tous ces artistes étaient reconnus comme des créateurs, et lesquels ! On défend toujours l’affichiste. L’ADAGP [NdR : Société des auteurs dans les arts graphiques et plastiques], organisme qui défend les droits des graphistes, peintres, photographes nous aide beaucoup dans ce sens. Aux Etats Unis c’est autre chose, peu de graphistes ont le droit de signer leurs dessins publicitaires pour le cinéma. C’est même écrit sur les affiches en bas, les droits appartiennent aux compagnies : Paramount, Fox, Universal, Disney... C’est toujours le cas, la reproduction d’une affiche d’un film américain, d’une photo, peut coûter très cher en droits car elle dépend des studios.

Générique de Love (Gaspar Noé). Son réalisateur étant passionné d'affiches, il a tenu à créditer son affichiste habituel Laurent Lufroy qui fut l'un des derniers affichistes à être nominé au César de la meilleure affiche (pour Valmont) © Wild Bunch - 2015
Laurent Lufroy, affichiste ayant été nominé au César de la meilleur affiche (pour Valmont), est crédité dans Love de Gaspar Noé. (© Wild Bunch, 2015)

La Cinémathèque détient environ 23 000 affiches. Qu’en est-il des films récents ? Les distributeurs vous font-ils parvenir leurs nouvelles affiches - y compris les préventives ou les maquettes plus rares diffusées au Festival de Cannes ? Ou vous n’archivez en priorité que les affiches les plus rares des films du patrimoine et celles qui risquent d’être perdues ?

La Cinémathèque est une association de loi 1901, nous archivons les affiches récentes mais nous ne pouvons pas toutes les avoir. Oui, les distributeurs nous en donnent, des particuliers également. Il est vrai que nous sommes plus intéressés par les affiches de patrimoine, les affiches des films du Patrimoine... Avoir tout Jean Renoir, ce serait formidable mais on ne peut pas tout avoir. Du reste, je pense qu’il vaut mieux qu’elles existent aussi ailleurs, dans d’autres musées, d’autres cinémathèques, d’autres bibliothèques.

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Les affiches de la Cinémathèque sont-elles toujours entoilées [NdR : méthode de restauration et de conservation d'une affiche, assez coûteuse mais reconnue pour son efficacité] après acquisition ou le sont-elles que lorsqu’elles présentent des signes de grosse détérioration ?

Nous entoilons les affiches que nous prêtons pour les expositions, c’est l’emprunteur qui nous paye cet entoilage. Par ailleurs, nous avons une politique d’entoilage et nous travaillons avec 5 ou 6 ateliers différents.

Non, elles ne sont pas toutes entoilées. À peu prés 7000 affiches le sont, certaines sont roulées, certaines sont pliées. On les laisse ainsi tant qu’on n’a pas besoin de les déplier. On en montre beaucoup dans la Cinémathèque, sur la Mezzanine, dans la Bibliothèque, dans les expositions et on en prête à l’extérieur.

Si les films sont conservés dans des conditions strictes (température régulière précise par exemple), comment sont conservées les affiches ?

Idem pour les affiches, dessins, archives photos : température à 19/20 degrés, humidité constante de 50 %, avec le moins de variation possible au cours de l’année.

Sur son blog, Christophe Courtois (directeur de la distribution de SND et aussi collectionneur d’affiches) évoque l’anecdote de l’Academy Cinema à Londres qui faisait appel au même artiste, Peter Strausfeld, pour réaliser des linogravures exclusives à leur salle... pendant plusieurs décennies ! De la même manière, il y a quelques décennies, certaines façades de cinéma étaient recouvertes d’une affiche immense, réalisée spécifiquement pour un seul cinéma dans des formats exceptionnels : c’est le sujet de votre livre Le cinéma s'affiche en grand